Comme dit précédemment, la plupart des films classiques de Disney sont des adaptions d'oeuvres littéraires de plusieurs auteurs de toutes les époques. C'est pourquoi je tiens à inclure dans mon étude une certaine analyse littéraire, afin de pouvoir mieux déceler la valeur et les messages de Disney de part les modifications (ou non) ayant été apportées aux histoires.
J'ai donc débuté par les contes des frères Jacob et Wilhelm Grimm, auteurs allemands du début du XIXe siècle, soient Cendrillon, La belle au bois dormant et Blancheneige (qui s'écrit en effet en un seul mot dans le conte). Il est est à noter que l'on retrouve aussi ces contes chez Perrault, dont je ferai la lecture sous peu.
Ma première réaction à la suite de mes lectures est la suivante: je suis surprise mais aussi légèrement choquée par les éléments un peu sanguinolants des histoires, dans un extrait de Cendrillon, par exemple: " Alors [la méchante belle soeur] alla dans la chambre et put faire entrer ses orteils dans la chaussure, mais son talon était trop grand. Alors sa mère lui tendit un couteau et lui dit: " Coupe-toi un bout de talon. Quand tu sera reine, tu n'auras pas besoin d'aller à pied." La jeune fille se coupa un morceau de talon, força son pied à entrer dans la chaussure, réprima sa douleur et sortit retrouver le prince. Alors il la prit sur son cheval comme sa fiancée et partit avec elle. [...] Il baissa les yeux vers le pied et vit que le sang coulait de la chaussure et montait tout rouge le long des bas blancs." On retrouve le même genre de détail dans Blancheneige, où la méchante reine se cuisine le foie et les poumons qu'elle croit être ceux de sa belle-fille... Je constate donc que Disney a quelque peu modifié ces éléments afin de pouvoir présenter ses films à un jeune public, et avec raison, ayant moi-même été marquée par Barbe-Bleue de Perrault étant petite fille (il y avait des images de cadavres dans mon livre de contes, j'en ai cauchemardé longtemps), je pense qu'il est justifié de gommer ces détails au profit d'actions plus "douces", tout en en conservant le sens. Surtout, je trouve le style des Grimm plus scientifique qu'artistique, ce qui s'explique bien puisqu'ils songeaient avant tout à transcrire et publier les contes populaires de la tradition orale afin qu'ils ne tombent pas dans l'oubli. Les Grimm ont donc davantage agi comme "folkloristes" que comme de véritables auteurs.
Ma seconde lecture fut celle de La petite sirène de H. S. Andersen, auteur danois du XIXe siècle également. Le style d'Andersen n'a rien à voir avec celui des Grimm, il est au contraire saisissant de beauté et de poésie, il prend aux tripes et émeut aux larmes. Un véritable coup de coeur, c'est tout ce que j'ai à dire. Je ne me souviens pas bien du dénouement que Disney lui a donné dans son dessin animé, mais en toute logique (happy end oblige), la sirène et le prince vécurent sans doute jusqu'à la fin des temps. Il en est vraiment autrement dans le conte, où, muette et souffrante, la sirène se résigne à vivre (mourir...) sans l'amour de son prince après lui avoir tout sacrifié sans qu'il n'en sache rien.
"Et la petite sirène, élevant ses bras vers le ciel, versa des larmes pour la première fois. Les accents de la gaieté se firent entendre de nouveau sur le navire; mais elle vit le prince et sa belle épouse regarder fixement avec mélancolie l'écume bouillonnante, comme s'ils savaient qu'elle s'était précipitée dans les flots. Invisible, elle embrassa la femme du prince, jeta un sourire à l'époux, puis monta avec les autres enfants de l'air sur un nuage rose qui s'éleva dans le ciel." Ainsi se termine le conte... On est loin de Sébastien et de Polochon, vous ne croyez pas ? Dommage qu'un si beau conte ne trouve écho aujourd'hui que dans une animation qui n'a plus grand chose à voir avec la sensibilité du texte de ce ptit génie d'Andersen.
Sources:
ANDERSEN, Hans Christian, Contes, Éditions Garnier-Flammarion, Paris, 1970, p.29 à 60
GRIMM, Jacob et Wilhelm, Contes, Éditions Gallimard, 1976, p.96 à 106, 138 à 157
J'ai donc débuté par les contes des frères Jacob et Wilhelm Grimm, auteurs allemands du début du XIXe siècle, soient Cendrillon, La belle au bois dormant et Blancheneige (qui s'écrit en effet en un seul mot dans le conte). Il est est à noter que l'on retrouve aussi ces contes chez Perrault, dont je ferai la lecture sous peu.
Ma première réaction à la suite de mes lectures est la suivante: je suis surprise mais aussi légèrement choquée par les éléments un peu sanguinolants des histoires, dans un extrait de Cendrillon, par exemple: " Alors [la méchante belle soeur] alla dans la chambre et put faire entrer ses orteils dans la chaussure, mais son talon était trop grand. Alors sa mère lui tendit un couteau et lui dit: " Coupe-toi un bout de talon. Quand tu sera reine, tu n'auras pas besoin d'aller à pied." La jeune fille se coupa un morceau de talon, força son pied à entrer dans la chaussure, réprima sa douleur et sortit retrouver le prince. Alors il la prit sur son cheval comme sa fiancée et partit avec elle. [...] Il baissa les yeux vers le pied et vit que le sang coulait de la chaussure et montait tout rouge le long des bas blancs." On retrouve le même genre de détail dans Blancheneige, où la méchante reine se cuisine le foie et les poumons qu'elle croit être ceux de sa belle-fille... Je constate donc que Disney a quelque peu modifié ces éléments afin de pouvoir présenter ses films à un jeune public, et avec raison, ayant moi-même été marquée par Barbe-Bleue de Perrault étant petite fille (il y avait des images de cadavres dans mon livre de contes, j'en ai cauchemardé longtemps), je pense qu'il est justifié de gommer ces détails au profit d'actions plus "douces", tout en en conservant le sens. Surtout, je trouve le style des Grimm plus scientifique qu'artistique, ce qui s'explique bien puisqu'ils songeaient avant tout à transcrire et publier les contes populaires de la tradition orale afin qu'ils ne tombent pas dans l'oubli. Les Grimm ont donc davantage agi comme "folkloristes" que comme de véritables auteurs.
Ma seconde lecture fut celle de La petite sirène de H. S. Andersen, auteur danois du XIXe siècle également. Le style d'Andersen n'a rien à voir avec celui des Grimm, il est au contraire saisissant de beauté et de poésie, il prend aux tripes et émeut aux larmes. Un véritable coup de coeur, c'est tout ce que j'ai à dire. Je ne me souviens pas bien du dénouement que Disney lui a donné dans son dessin animé, mais en toute logique (happy end oblige), la sirène et le prince vécurent sans doute jusqu'à la fin des temps. Il en est vraiment autrement dans le conte, où, muette et souffrante, la sirène se résigne à vivre (mourir...) sans l'amour de son prince après lui avoir tout sacrifié sans qu'il n'en sache rien.
"Et la petite sirène, élevant ses bras vers le ciel, versa des larmes pour la première fois. Les accents de la gaieté se firent entendre de nouveau sur le navire; mais elle vit le prince et sa belle épouse regarder fixement avec mélancolie l'écume bouillonnante, comme s'ils savaient qu'elle s'était précipitée dans les flots. Invisible, elle embrassa la femme du prince, jeta un sourire à l'époux, puis monta avec les autres enfants de l'air sur un nuage rose qui s'éleva dans le ciel." Ainsi se termine le conte... On est loin de Sébastien et de Polochon, vous ne croyez pas ? Dommage qu'un si beau conte ne trouve écho aujourd'hui que dans une animation qui n'a plus grand chose à voir avec la sensibilité du texte de ce ptit génie d'Andersen.
Sources:
ANDERSEN, Hans Christian, Contes, Éditions Garnier-Flammarion, Paris, 1970, p.29 à 60
GRIMM, Jacob et Wilhelm, Contes, Éditions Gallimard, 1976, p.96 à 106, 138 à 157

2 commentaires:
Je sais que je me répète, mais tu écris vraiment bien. On dirait même que la qualité va en progressant.
Mais ce n'est pas qu'affaire de style, tu entres organiquement dans ton sujet et l'étoffe se tisse fort bien. Continue sur cette voie. C'est un plaisir de te lire, merci!
Merci, j'ai aussi l'impression d'avoir trouvé la bonne voie...
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