jeudi 1 mai 2008

Extrait

Extrait du deuxième chapitre (Disney & la littérature), seconde moitié. Très descriptif, j'espère que c'est compréhensible.
La Petite Sirène= Andersen
Ariel= Disney
Pour mieux comprendre le style et « l’esprit » Disney, il est intéressant d’observer tour à tour les versions de Hans Christian Andersen et de Disney de La petite sirène. On parlera de deux « versions », mais il est important de rappeler que pour ce conte, comme beaucoup d’autres, il n’en existe qu’une seule : celle de son inventeur, Andersen. On ne peut pas dire que Disney donne « sa version de l’histoire », puisqu’il ne s’agit pas de son histoire, ni d’un fait réel auquel le scénariste (à supposer qu’il y en ait eu un…) aurait assisté. On peut par contre remarquer que dans l’imaginaire collectif il n’en existe généralement qu’une seule représentation, comme expliqué ci-haut, soit celle de la jeune fille aux cheveux rouges avec ses amis le crabe, le goéland et le poisson et du happy end, qui va maintenant de soi aussitôt qu’un film d’animation (ou autres, d’ailleurs) porte la marque Disney.
Hans Christian Andersen est né au Danemark et a vécu principalement pendant la première moitié du XIXe siècle. En quittant l’école après la mort de son père, à 8 ans, il suivit ses penchants pour le théâtre et l’opéra, mais sans connaître de succès. Il commença à écrire à cette même époque. Poète et romancier, ce sont cependant ses contes qui remportent un succès immense et font toujours sa renommée aujourd’hui. Sans être le seul des contes d’Andersen qui fut adapté au cinéma, La petite sirène demeure le plus connu, en grande partie grâce au film d’animation de Disney sorti en 1989, qui représente le nouvel archétype des thématiques de la forme Disney, avec des chansons populaires et une structure narrative qui seront reprises dans tous les films postérieurs, avec plus ou moins de succès.
Il était une fois, une petite sirène. Une vraie, avec des cheveux interminables et une queue de poisson, et de surcroît fascinée par le monde des hommes. C’est à peut près tout ce que l’on peut en dire sans entrer en contradiction avec le récit du conte et du film. Il est difficile de savoir où commencer dans l’analyse des différences majeures ou mineures des deux histoires. D’abord, originellement la Petite Sirène et ses sœurs sont encouragées par leur grand-mère à monter à la surface dès leurs 15 ans, tour à tour. Chez Disney, les sœurs sont quasi absentes, et c’est le père d’Ariel (prénom inventé pour le film, Andersen ne lui ayant pas attribué de prénom), très strict, qui lui interdit formellement d’avoir des contacts avec le monde humain… ordre qu’Ariel a tôt fait de ne pas tenir compte en collectionnant les objets terrestres, montant régulièrement à la surface parler aux goélands, etc. De jeune fille sage, pure et raisonnable, la Petite Sirène est devenue Ariel l’écervelée et l’indomptable, qui suivra son rêve (l’american dream?) coûte que coûte.
La plus grande divergence débute cependant après qu’elles eurent rescapé le prince. Elles vont toutes deux voir la laide sorcière et concluent un pacte avec elle. La Petite Sirène aura des jambes et une âme éternelle, mais elle souffrira atrocement à chacun de ses pas. Elle donne sa voix à la sorcière (qui lui coupe littéralement la langue), mais si le prince en épouse une autre qu’elle, elle mourra. (Cet aspect du conte est d’ailleurs propre à Andersen, lui-même voyant sa voix se casser aux premières lueurs de la puberté, qui mit fin à ses espoirs de faire carrière à l’opéra.) Ariel aura des jambes indolores. Elle donne sa voix (la sorcière l’enferme magiquement dans un collier coquillage), mais retrouvera sa queue si elle ne parvient pas à embrasser le prince après 3 jours. Encore une fois des éléments viennent modifier les caractéristiques du personnage, et par la même occasion toute l’essence du texte. La Petite Sirène éprouve un amour inconditionnel pour son prince et est totalement prête à se dévouer, à souffrir pour être avec lui bien qu’elle sache son pari fatal. Elle rencontre la sorcière sans aucune hésitation, l’intention pure. Quant à Ariel, la vie lui restera quoiqu’il arrive. Elle doit cependant user de ruse pour tenter de garder ses jambes. On a alors l’impression qu’il s’agit ici de gagner une guerre contre la sorcière plutôt que l’amour d’un homme…
Par la suite, une femme s’interpose entre elles et le prince. Pour la Petite Sirène il s’agit de la fille du roi voisin, dont le prince tombe amoureux car elle lui rappelle celle qui l’a sauvé. Pour Ariel, il s’agit de la méchante sorcière métamorphosée en humaine ravissante (on se demande pourquoi elle ne l’avait pas fait avant…) qui charme le prince avec la voix d’Ariel et lui jette un sort qui le fait tomber amoureux d’elle. Il est étrange de constater comme la magie est utilisée comme prétexte à une émotion, comme s’il était inconcevable que le prince tombe réellement amoureux d’une autre jeune fille, comme dans le conte d’Andersen. Les personnages sont étroitement polarisés, ils semblent ne suivre qu’une unique voie, un unique sentiment, qui, pour une obscure raison, serait impossible de modifier.
Et encore, ces divergences ne demeurent que des détails si l’on en vient à comparer les situations finales de chaque histoire. Celle d’Andersen est réaliste, touchante, la poésie prend réellement aux tripes, émeu aux larmes :
"Et la petite sirène, élevant ses bras vers le ciel, versa des larmes pour la première fois. Les accents de la gaieté se firent entendre de nouveau sur le navire; mais elle vit le prince et sa belle épouse regarder fixement avec mélancolie l'écume bouillonnante, comme s'ils savaient qu'elle s'était précipitée dans les flots. Invisible, elle embrassa la femme du prince, jeta un sourire à l'époux, puis monta avec les autres enfants de l'air sur un nuage rose qui s'éleva dans le ciel."
Il s’agit des derniers mots du conte. Le prince a ainsi fini par épouser la fille du roi voisin, et mis fin aux jours de la Petite Sirène, qui devint une fille de l’air qui devra faire 300 ans de bonnes actions pour enfin recevoir son âme immortelle. Quant à la fin élaborée par les scénaristes de Disney, elle n’a plus rien à voir avec le précédent extrait. L’ami goéland d’Ariel parvient à briser le collier de la sorcière, et la voix d’Ariel revient alors à sa propriétaire. Le prince se rend compte qu’il a été ensorcelé. La sorcière reprend sa forme d’antan et est neutralisée par le prince qui la harponne. Les trois jours alloués étant révolus, Ariel retrouve sa queue de poisson. Mais son père le roi en voit sa fille chagrinée et la laisse finalement rester sur terre avec son prince, après lui avoir redonné ses jambes avec ses pouvoirs. Ariel se marie alors avec son prince, puis les nouveaux mariés s’éloignent sur le bateau qui passe sous un arc-en-ciel derrière leurs amis les fruits de mer qui leur envoient la main. Un arc-en-ciel. N’y a-t-il pas d’image plus contrastante avec la fin tragique d’Andersen ? À 20 000 lieues de la sombre beauté et du mysticisme du conte, la machine Disney que Bory décrivait vient flinguer l’émotion et la morale (s’il en est une) du récit d’Andersen pour en faire un film que l’on voudrait difficilement moins original.
Extrait Video qui présente la description ci-haut:

Ce rêveeeuuuh bleeeeeeu

Tout est prêt à être imprimé, je suppose, donc, que je dois clôturer ce blog. Je suis heureuse que ce soit terminé... J'ai l'impression d'avoir autant appris ces 3 derniers mois que pendant les deux dernières années :P
Merci à tous ceux qui sont passés par ici, et bonnes vacances !!!